— Un oiseau ? Sa pose rappelle celle du Penseur.

— Oui, l’allégorie parfaite que fit Rodin de notre humanité convulsivement active, qui s’immobilise tout à coup et songe enfin devant ce que toute sa science, tout son effort, ne purent lui révéler : le lendemain de la mort.

— Elle a du moins trouvé un des secrets du bonheur dans la vie même, toute la vie abondante, énergique, puissamment vécue.

— Question de tempérament. Les satisfactions du contemplatif sont aussi du bonheur. Rapprochez l’œuvre statuaire, cette figure crispée par la tension cérébrale après le labeur des muscles, rapprochez-la du profil de mon Bédouin, tous nerfs détendus, lui, dans l’absolu repos des membres et de la pensée. Il a, celui-ci, la face adoratrice, béate de religion et de rêve immuables. Il est libre de responsabilités cruelles, abolies par le Mektoub.

— Je préfère celui-ci de Rodin.

— Il doit avoir raison, socialement, raille Claude. Mais avoir ainsi raison ne prouve pas qu’on soit heureux.

Une glycine à la floraison profuse étreint la fenêtre du salon turc ; elle l’étreint de ses bras gris enguirlandés de mauve.

Les vitraux sont ouverts sur un horizon marin.

Les angles des moucharabiehs dérobent de curieuses poteries. Des choses précieuses traînent sur les meubles d’art indigène : des étamines bises, d’élégance discrète, harmonieusement brodées de soie violette et pompeuse ; des tissus aux irretrouvables nuances, jonchés de roses ; des voiles poétiques ; des parures orfévrées.

Des chapelets de fleurs d’orange, éclairés d’un géranium s’accrochent aux étagères et se fanent langoureusement, dans la dispersion de leur parfum.