Claude Hervis reprend la parole.

— Je hais les choses rectilignes, déclare-t-il. C’est pourquoi je préfère un douar de gourbis et de tentes à un cube de pierre divisé en cellules et une melahfa[5] à un habit. Cette Afrique m’a pris par son soleil. Elle m’a pris aussi par l’inconsciente primitivité qu’elle garde.

[5] Draperie des femmes indigènes du sud et des Hauts-Plateaux.

— Hervis, fit le Mahdi, vous vivriez facilement d’exaltations de la terre et de la lumière. Cela est grave bien qu’il ne me déplaise pas de vous voir dans cette ferveur. Mais faut-il conseiller la prudence ? Vous m’en voudriez, comme vous m’en voulez de ne pas être toujours très exactement de votre avis, encore que nous ayons plusieurs idées communes.

La jeune fille dit gaîment :

— Nous voici trois âmes sincères possédées d’un même désir d’amélioration pour la race inférieure…

— … qui n’est que la race différente, remarque Claude Hervis.

— Nuance !

— Une nuance suffit pour empêcher l’harmonie de deux couleurs.

— Soit. D’entre vous, lequel triomphera, non seulement dans la race qui nous préoccupe, mais sur les autres concurrents ?