Il y eut un silence, puis les gazouillements de Mimi qui sautillait dans le bruit fin de ses khelkhal.

Si Lakhdar dit encore :

— Mieux vaudrait apprendre la justice que la science aux hommes.

Ils revenaient vers la ville. Deux tirailleurs les heurtèrent qui parlaient de femmes et empestaient l’alcool.

— Ils sont ivres, s’écria le père de Mimi. Voilà la caserne ! On y oublie les paroles du Livre… Ils sont ivres… Et vous voulez avec le service obligatoire rendre tous nos fils pareils à ceux-là ? Malheur ! N’avez-vous pas peur de la révolte ? Prenez les portefaix, les sans-famille, les Kabyles et les vauriens qui traînent ; faites-en des soldats qui se battront contre le Prophète même ; mais ne touchez pas à nos fils ! Ils demeureront soumis, s’ils l’ont promis ; mais ne comptez pas les obliger à renier la face de leur père ni à tuer celui qui lève le drapeau des batailles d’autrefois. Aaâ ! Puisse la France être forte…

Et Noura les yeux en flamme, une belle colère au visage :

— La France sera toujours assez forte pour écraser tous les étendards verts qui claqueront !…


Ils se séparaient désormais hostiles l’un à l’autre.

Et jamais Noura ne devait revoir Mimi…