Sur son petit visage décidé, au souvenir de Lella Fatime les larmes coulent, sans contracter les traits ravissants.

Une folie s’empare de Noura. Elle voudrait se rapprocher de Si Laïd, détruire un peu de la vengeance et de la fatalité en prononçant des mots qui la livreraient au jeune homme. Ainsi, elle ne quitterait pas Mouni… Mais elle se raidit, dans une révolte et une tension éperdue de toutes ses fibres. Elle sent à peine les bras tendres et rebelles qui l’enlacent. Elle entend à peine l’accent caressant et obstiné qui murmure :

— Je reviendrai, mais laisse-moi partir maintenant ou je mourrai à cause du chagrin…

Noura imagine un monstrueux oiseau, un oiseau de proie, envolé, ayant dans ses serres prudentes une palombe grise. Et la palombe est ivre d’espace et ne sait pas quel sera son martyre dans l’aire du ravisseur…

Et puisque Noura ne peut tuer l’oiseau ni retenir la palombe, elle voudrait que la porte soit déjà refermée sur Si Laïd, que déjà Mouni soit livrée à cette revanche du destin arabe…

La colline dont la terre est rouge, dont les roches se creusent et se déforment sous les pluies et les grandes rafales levées sur la mer. La colline où les bleus iris fragiles affrontent le hérissement sauvage des palmiers nains, des lentisques amers.

Près d’une grotte naturelle aux tons d’ocre et de sienne, un sanctuaire sans coupole, badigeonné d’un bleu intense. Au seuil, la tombe d’un saint.

Dans un gourbi de diss et d’épaves jetées à la côte, un Arabe solitaire soupire ou chante des fragments de mélopées qui ne veulent rien dire et n’ont ni commencement ni fin.

Des femmes pieuses donnent une fête au sanctuaire, isolé dans le vacarme des houles ou le silence des rochers. Elles donnent une fête pour le souvenir d’Oureïda bent Derdour auquel s’unit celui de Lella Fatime.