— C’est impossible ! Mouni ne voudra pas.

C’est l’ultime espérance.

Une colère marbre la face de Si Laïd.

— Elle voudra. Pourquoi préférerait-elle l’amour de l’un des vôtres à celui d’un homme de sa race ? Je sais qu’on objecte notre polygamie. Mais nous n’avons pas dix maîtresses cachées, et tous nos bâtards sont légitimés, et la négresse fécondée par notre amour ne reste pas une servante ; elle prend rang parmi les épouses ; elle est la « mère de l’enfant ». C’est ce qu’on appelle un exemple de moralité, je crois. Puisse-t-il servir au monde chrétien, ce dépravé hypocrite dont les pères renient les enfants de l’amour.

— Ah ! fait Noura, tu ne me prendras pas Mouni. Elle souffrirait. Je ne veux pas…

Et c’est la voix de Mouni :

— J’ai souffert ici… J’ai tout entendu. Salut à toi, mon frère. Noura, par ton cœur, laisse-moi partir ou je finirai par mourir comme Oureïda.

Mouni est lasse d’avoir vainement espéré, de s’être vainement penchée sur l’ombre des ruelles pour guetter la silhouette attendue. Elle est lasse du vœu stérile qui souhaitait tant de choses dans le court espace d’un mois… Et il n’est advenu que des épreuves.

Elle s’adresse à Si Laïd.

— Je n’épouserai pas Cherïef-Soltann ; mais je veux bien revoir mon père et prier au tombeau de ma sœur.