— Si Laïd, parle, fais-moi la grâce de ne pas attendre pour me dire… Quel est le désir de Bou-Halim ?

— Bien. Qu’il soit fait selon votre volonté. Mon père Bou-Halim est vieux. Ses jours sont comptés. Il est malade et gangrené ; sa fin peut venir bientôt. Moi, j’ai levé un goum ; les chevaux reniflaient à l’odeur des batailles marocaines. Un chef n’est vraiment chef que là où on se bat. Je pars. Mon nom sera dans les bulletins de victoire et partout où l’on aura galopé et versé du sang. Mais je peux mourir aussi. Lella Fatime n’est plus. Vous n’êtes pas de notre famille, Noura ; vous avez refusé d’en être. Mon père et moi, nous avons songé au sort de Mouni. Mouni est une femme ; il est temps qu’elle commence sa vie de femme et connaisse un mari ; car il n’est pas bon pour les jeunes filles de demeurer seules et ce n’est pas l’usage en Islam…

Il ajoute doucement :

— Je suis venu chercher Mouni. Mon père l’a promise en mariage à notre parent Cherïef-Soltann.

Noura chancelle. Elle a pressenti le coup terrible ; mais cela n’empêche point qu’elle en soit assommée.

Puis, elle crie désespérément :

— C’est impossible !

Si Laïd raille, conscient de l’étendue de sa revanche.

— Qu’est-ce qui est impossible ?

Les prunelles de la petite Mâlema s’égarent et s’affolent sur une vision lointaine… Les Grandes Tentes, les vieilles et les jeunes épouses, les négresses, les Amourïat, les concubines, les antiques et révoltantes promiscuités… Et Mouni sera là-bas, la proie d’un Bédouin !