La Mâlema parle aux femmes :
— Je suis avec vous pour le souvenir et pour vous dire adieu. Je m’en vais, pour un temps. Je ne sais pas la date de mon retour ; ce sera celle du retour de Mouni. Ma maison est vide depuis son départ et je souffre de ne plus voir le visage de « mon enfant » parmi ceux de vos filles. Les mères doivent me comprendre. Je désire que mes leçons ne soient pas toutes oubliées et que vous me gardiez votre pensée. La distance n’y fait rien ; je serai toujours votre sœur. Vous êtes mes amies et vous savez que je vous aime. Longue vie sur vous ! Soyez récompensées par le bien ; car vous avez pleuré à cause de Lella Fatime et de ma douleur. S’il plaît à Dieu l’absence sera brève et prochain le jour de la réunion.
Et toutes s’écrient :
— S’il plaît à Dieu !…
L’Heure du Doute
— Ceux qui dorment ne vivent pas. Guerre à l’hébétude et à l’inertie ! Pour tous les peuples et pour tous les hommes, le droit à la vie de virtuel doit devenir effectif.
— Et si conquérir ce droit effectif mène à la mort ?…
Quand Si Laïd partit avec ses cavaliers, un autre goum revenait de Casablanca. C’était celui qu’avait levé, le premier, Cherïef-Soltann.
Les cavaliers étaient encore ivres de la bataille. Une multitude émue et tumultueuse acclamait leurs noms, une multitude en joie, car des chevaux seuls étaient morts ou perdus et les quelques blessures des goumiers guériraient vite.
Les étalons et les juments bondissaient, mufles baveux, crinières déchevelées ; la clameur triomphale des hommes répondait aux cris d’accueil.