Les terrasses de la bourgade désertique grouillaient de femmes et les yous-yous stridaient excitant le délire de l’enthousiasme. Ils vibrèrent plus suraigus quand les cavaliers défilèrent devant les logis de l’agha Bou-Halim. Ils saluaient le noble Cherïef-Soltann…

Cherïef-Soltann… la sublime et romantique figure d’un Abencérage à la barbe grise, un chevaleresque héros de piété musulmane sans péché, de loyalisme sans calcul ; mentalité rare, dont l’unique souci était la volonté et l’accomplissement du bien dans toute la possibilité humaine et la sublunaire espérance.

Dans la sincérité de son serment de fidélité, depuis des années ce rallié servait la France contre tous les fanatismes.

Cherïef-Soltann appartenait aux temps épiques et à l’ère patriarcale.

Il ne condamnait point, laissant à chacun la responsabilité de ses actes et le soin de les justifier en soi-même. Il ne généralisait jamais ; quelques brebis galeuses ne provoquaient pas en lui la mésestime du troupeau entier. Il attendait tout de la justice divine, confiant en l’équité du Rémunérateur.

Et la voix populaire disait :

— Cherïef-Soltann est un saint aimé du Prophète ; des miracles fleuriront autour de son tombeau.

La renommée de Bou-Halim était celle d’un fanatique et d’un puissant. Il gardait ses partisans par la superstition et la crainte. Mais quand l’impôt religieux devenait pénible à arracher aux serfs, il pensait que si le prestige de Cherïef-Soltann s’alliait à son influence, la zïara serait plus facile et plus abondante. Alors, il jugea utile de rapprocher une parenté lointaine en donnant Mouni pour femme au vieux Cherïef-Soltann…

— Regarde passer ton seigneur, dit la Soudanaise, debout avec Mouni sur une terrasse.

— Mon seigneur ? Jamais ! riposte l’enfant de Noura.