— Ceci est vraiment le pays des djenoun, dirent-ils.

Et pour la première fois, ils s’en retournèrent… C’est pourquoi Kef-el-Dour se nomme Rocher du retour.

— Rhadra, dit Mouni, appelle Ferhat-El-Hadj.

L’époux s’avançait, figure ciselée, mince, hâlée, profil busqué et hautain, la bouche sensuelle, les yeux froids, la barbe très noire et fine à la moustache tombante, les mains sèches, le corps maigre et nerveux sous la soie du haïk et les plis légers des burnous de Sousse.

Pareils au visage de cet homme devaient être les visages de ceux dont l’intelligence fut parfois obscure, mais dont les passions formidables, l’énergie démesurée et l’orgueil renversèrent des empires, créèrent des religions et changèrent la face d’un siècle… Pourtant cet homme-ci n’est rien qu’un peu de l’âme musulmane éparse dans les solitudes fauves.

Il n’a pas de sourire en abordant Mouni ; son expression reste sévère et digne ; mais ses yeux brillent et sa voix est basse et très câline.

— Que veux-tu, ô aïni ?

Mouni clôt ses paupières, comme elle a pris l’habitude de le faire devant son mari. Elle étend son bras cerclé des serpents d’or du Djebel-Amour et désignant la ligne des palmeraies lointaines :

— Je te prie, où se trouve l’oasis d’El-Berd ?

— Pourquoi ?