— On dit que les dattes y sont plus douces que dans tout le Sahara et qu’il y a des ânes sauvages. J’aimerais les voir. Y camperons-nous ?

— Bientôt. — Il saisit la petite main. — Et si tu n’es plus une morte contre mon cœur, je ferai capturer pour toi un âne sauvage.

L’heure avant l’ombre.

Des remparts de toub effrités sous la pluie rare, les vents fréquents. Des pans de murs blonds et roses découpés en décor, crénelés par la ruine, grandis et magnifiés par l’ultime lumière…

De longues traînées d’ombre hâtive s’élargissent à terre, aux replis des murailles. Des couleurs prestigieuses, rapides, se succèdent et s’irradient dans la seguïa. Les palmes s’assouplissent, dolentes, lasses d’avoir porté tant de soleil. Des lueurs étranges s’attardent. Le demi-jour nuancé, pâlit. Dans la gravité voluptueuse du soir saharien, on perçoit l’hymne impérissable des soirs splendides.

Les remparts démantelés deviennent imposants comme un débris de vieille Egypte où chanterait cette âme ancienne qui s’attachait aux choses de l’éternité.

Et voici Claude Hervis, sous son manteau bédouin, sortant de sa maison de terre pour errer dans le crépuscule des jardins d’El Berd.

Sa maison est meublée d’un lit en bois de palmier où ne montent pas les scorpions. Elle est peuplée de sveltes Nouras d’argile au profil grave ou aux traits exaltés, de petites Mounis embéguinant de voiles une figure de sphynx, et des formes d’une autre femme au corps nu, robuste et beau, de marbre antique, au front cerclé du « djebin », diadème des femmes du Sud, entre les lourdes tresses qui étreignent le visage.

Ainsi Claude a accepté les suites de ce seul geste qui suffit à séparer sa vie de celle de Noura l’exclusive.