L’angoisse et la joie luttèrent sur les traits palis de la jeune fille.

— Vous l’avez vue ? Elle est heureuse ?

— Je l’ai vue. Elle est tranquille. Elle n’était pas heureuse.

Les yeux très clairs et bleus et les yeux gris, lumineux se troublèrent comme sous un souffle de désolation.

— Comment pouvait-elle être heureuse ? prononça la voix brève du sculpteur. Vous aviez mis la possibilité de tant de désirs en elle, de tant de souhaits stériles dans l’ambiance où elle devait se mouvoir ! Vous l’aviez préparée pour être la désenchantée de deux races ; parmi ceux d’Europe à cause de la déception de son cœur ; parmi ceux de l’Islam, à cause de l’éducation franque qui engendrait les regrets et la rébellion.

— Claude Hervis, dit Noura blême, vous êtes cruel ou oublieux. La déception de son cœur ne vint pas de moi.

Une ride se creusa au front de l’artiste.

— Elle m’aimait avant mon involontaire et imprudente caresse. Je n’ai rien été qu’un jeton dans le jeu du destin.

Noura fit un effort violent.

— Soit. Ne discutons pas le passé. Que fait Mouni à présent ?