Il regardait l’enfant menue aux yeux curieux, déjà savants d’audaces, larges, dans l’ombre bleutée du kehoul mêlé de poudre de corail et de perles fines.
Elle s’assit dans la poussière. Contre elle se tenait un petit métis, en équilibre instable sur des jambes arquées.
— Ton nom ? demanda le cavalier à la fillette.
— Mouni. Et toi ?
— Si Mahmoud Saâdi.
— Si Mahmoud, as-tu jamais été riche ou les usuriers te prirent-ils ton bien ? Qu’as-tu fait de ton bernous ?
— Je l’ai donné à un meddah[7] sur la route.
[7] Poète-improvisateur, barde errant.
— O Si Mahmoud le généreux !… Et que veux-tu ? L’agha est loin d’ici, pour la zïara. Moi je suis la fille de l’agha.
— Sa fille, Mouni ? — Le petit cavalier examinait l’enfant. — Oui, vraiment, dans ta figure je reconnais les traits de Si Laïd, ton frère.