— Mon frère, l’aîné qui est marié !
— Je l’ai vu en Alger.
Il se souvenait.
Ce visage avec plus de finesse, de séduction jolie lui rappelait celui du jeune homme aux yeux cernés par les orgies franques après les débauches arabes. Même ovale, épiderme ambré, narines mobiles comme celles d’un cheval de race, tout ce visage hautain et passionné, avili chez Si Laïd, pur chez l’enfant aux prunelles faites de kehoul et de poussière de soleil.
Si Laïd…
Le produit d’une double influence orientale par naissance, occidentale par contact. Un tyran pour les humbles, un soumis obséquieux devant un maître, un brave, insensément téméraire du moment où éclate la voix de la guerre et que les chevaux galopent dans le vacarme des fusils. Un avide d’honneurs, d’argent, de rubans, hochets des grands enfants masculins. Il est vaniteux et coutumier de gestes prodigues pourvu que son luxe provoque des éblouissements et des jalousies. Sa générosité prend sa source dans son orgueil ; mais sa main ouverte aujourd’hui demain pèsera sur la maigre échine de ses tributaires.
Dans les réunions élégantes où il se montre, le bernous chamarré de croix, le long caftan de velours épais, impérialement améthyste ou grenat, rebrodé d’or, le haut turban des princes nomades, le haïk souple, les bottes rouges et le seroual[8] habillent sa silhouette mince qui paraît grande.
[8] Pantalon bouffant.
Les nuits de bal, des promesses répondent au regard langoureux ou au sourire impertinent de ce fils dégénéré des Grandes Tentes. Le bon exemple des Européens excite sa naturelle perversité. Sa séduction orientale s’aggrave d’un air romantique ou persifleur, étudié. En lui, la belle impassibilité, la fierté sereine de l’Arabe de sang bleu mue en affectation et en snobisme.
Il est de ceux qui disent :