— J’ai trop dansé, ce soir, je suis claqué ! Mais j’ai promis le dernier « pas des patineurs » à une chic petit’ femme. Alors…

De quelle colère gronderait le sculpteur Claude Hervis s’il entendait de telles paroles tomber de ces lèvres sahariennes ? Et comme il crierait à la France, à l’Europe en fringants habits noirs, en uniformes et en froufrous :

— Voilà votre ouvrage, continuez !…


Le grave, c’est que, malgré tout, Si Laïd n’est pas devenu rien qu’un fantoche sans cerveau, à l’exemple de ses jeunes instructeurs.

L’éducation simultanée du bernous et du collège lui fit une mentalité habile.

Si Laïd, impitoyable dans son domaine, insolent avec ses égaux, est flatteur insinuant, ambitieux avec ses vainqueurs et tous ceux qui peuvent distribuer la gloire ou la fortune. Il se déclare définitivement conquis par les dons, les caresses et les avantages de la civilisation. Les optimistes et les assimilateurs croient d’autant mieux à cette conversion qu’il semble faire fi des devoirs koraniques et raille volontiers son peuple.

— Ces sauvages et ces imbéciles ! dit-il en parlant de ses frères.

Mais il ne traduit pas l’intime murmure de sa pensée.

Il lui arrive, — résultat de son instruction, — d’être vaguement sincère, un instant, dans les heures d’effervescence et d’ivresse occidentale, ou d’affecter la sincérité, pour en obtenir récompense et se faire valoir près de ses modèles. Le calme revenu, la nécessité disparue, le mépris et les rancunes justifiées ou inexplicables, tout ce qu’il recèle dans le secret de son esprit, émergent, il est mûr pour les représailles et le fanatisme, dès que les temps seront là et que la victoire décisive n’aura plus à hésiter.