— Eh bien, salut à toi, Si Mahmoud, répondit-il, familièrement. Tu veux manger ?

— Et dormir. Je partirai demain. Tu me prêteras un bernous de l’agha ; j’ai donné le mien.

— Ah ! Si Mahmoud, le possédé des esprits ! Entre dans la tente…

Seul dans le compartiment de la maison mobile où sont reçus les hôtes, Si Mahmoud apaise sa faim.

Des sièges européens pareils à des captifs ou à des intrus, des tapis de haute laine bien chez eux, des coussins à la trame régulière et serrée, tissés par les femmes du Djebel-Amour, meublent ce lieu. Un rideau le sépare d’un autre compartiment qu’il est interdit de voir. Contre le rideau pend l’omoplate d’un mouton tué pour la dernière fête sacrée de l’Aïd-el-Kebir. Une sourate protectrice est gravée sur l’os.

Dans la ténèbre, hors des rayons de la bougie allumée, une voix susurre, espiègle.

— Es-tu rassasié ? Louange à Dieu !

— Mouni…

— Chut !

Mouni surgit. La mimique expressive des yeux très grands, des doigts très petits indique la souple cloison.