— Chut ! Elles vont venir là, les quatre femmes et la négresse de mon père, et encore deux Amourïat[9] qui dansent à faire mourir les hommes de désir. Elles vont venir pour le sommeil. Parle doucement.

[9] Danseuses du Djebel Amour.

— Ta mère est avec elles ?

— Non, non. Tu ne sais pas. Ma mère est morte. C’est le poison peut-être. Qui sait !… Ma mère était blanche comme la neige ; c’était aussi la mère de Si Laïd. Mon père la préférait et dormait avec elle les soirs où les Amourïat ne dansaient pas. La négresse le dit.

— Tu l’aimais, ta mère ?

— Je ne sais pas. C’était autrefois. Elle est morte. Et une autre aussi est morte qui était vieille comme mon père, la mère de Fatime. Et Fatime est mariée avec un chrétien, un chef de soldats, en France. Je ne l’ai jamais vue. Maintenant, la préférée, c’est Defla. Mais Ferfouri est jalouse.

Le petit cavalier rêve.

— Pour toi, Mouni, quel destin voudrais-tu ? Celui de ta sœur Fatime, l’amour d’un Français ?

Elle étend ses bras bruns où les anneaux d’argent heurtent les cercles de corne noire et les serpents des orfèvres du Djebel-Amour.

— Puis-je désirer ou connaître ? Tout est l’affaire de Dieu. — Elle regarde l’hôte lourdement. — Tu est si jeune… Et tu galopais bien sur ton cheval fatigué…