Tous ceux qui connaissaient Fatime Le Gall affirmaient avec son mari qu’elle avait définitivement oublié son esprit musulman. Elle était le modèle dont s’inspirait Noura pour l’œuvre future.
Et Fatime bent[12] Bou-Halim n’avait rien manifesté qui pût faire douter de son assimilation définitive, accomplie par la tendresse et les leçons du colonel. Mais, en cela, elle usait du parfait et presque inconscient talent de dissimulation qui lui venait de ses origines. En elle, silencieuse, persévérante et profonde vivait la souvenance, l’esprit du Sud, de la race et de l’Islam que rien, pas même sa volonté, ne pouvait détruire. Noura quittant la France, le dernier lien de velours tombait. L’âme musulmane de Fatime chantait l’allégresse d’une résurrection.
[12] Fille de…
Et à l’heure du départ de Noura pour la cité choisie, un avertissement bref retenait la jeune fille.
« J’ai besoin de soleil. Je veux revoir ma terre. J’arrive. »
Puis, dès le ponton du débarcadère, Madame Le Gall s’immobilisait devant un jeune homme ganté de gris, stick en main, fin bernous de Sousse relevé sur la veste dorée.
Avant de voir Noura, elle reconnaissait celui-ci, pour l’avoir souvent revu en France.
— Si Laïd, mon frère !
— Fatime, murmurait l’autre.
Le lendemain, la princesse du Sud voulait partir vers la zmala, revoir son père, les tentes familiales et l’horizon de son enfance. Noura l’accompagnait.