— Mouni ? demanda-t-il. C’est une sœur que tu ne connais pas, Fatime.

On cherchait l’enfant et on la découvrit en compagnie d’autres fillettes, derrière la tente, s’exerçant aux déhanchements lascifs des Amourïat.

A l’appel de la Soudanaise, Mouni ne consentait à venir que vêtue de l’une des tuniques des danseuses. La Soudanaise approuva cette coquetterie. Et Mouni fit son apparition, étrange et jolie, dans les draperies amples qui cachaient ses pieds nus. D’êtres invisibles, les anneaux de ses chevilles tintaient mystérieusement. Une ceinture orfévrée glissait sur ses hanches minces. Sa gorge menue bombait sous les étoffes. Un collier de grains parfumés, à chacun de ses gestes exhalait les senteurs d’un jardin d’Orient.

Un suprême orgueil étincelait sur son visage ardent, attentif et passionné.

Elle baisa sa sœur aînée sur la bouche et sur le front, effleura de ses lèvres la main de Noura et s’accroupit aux pieds de Bou-Halim.

— O Mouni, tu es fraîche comme un fruit et brillante comme une étoile, dit la jeune fille.

— Je t’aime ! répondit Mouni.

« Où je suis, Amie ? Dans une cour intérieure tout ombre et lumière bleutée des murailles. La zmala patriarcale et barbare a quitté les champs d’alfa, — car le temps des grands pâturages est fini, — pour prendre ses quartiers, jusqu’à la saison prochaine, dans une petite bourgade aux maisons de pisé ; des huttes blondes et blanches.

« Je fais ici un sévère apprentissage que je ne compte pas prolonger indéfiniment.