Le sourire de la jeune fille répond.

— Et que fait la race, je te prie, Noura ? Je sais que tu ne seras pas mon amoureuse ; mais je veux répudier Reïra qui me trompe et compte dans ma vie moins que mon cheval. Je veux que tu deviennes la reine de ma tente et de ma maison, la plus enviée ici, la plus délicieuse partout, la mère de mes fils et celle dont le sourire me met à genoux.

— Si Laïd, ce sont-là d’inutiles paroles. Mon cœur est sans amour pour toi. J’ai besoin de ma liberté et je serai bientôt loin d’ici. D’autres désirs te guériront de celui que tu dis avoir.

Le fils de Bou-Halim frisa sa moustache, ses narines voluptueuses aspirèrent les parfums épars dans la cour.

— Ecoute, Noura. — Sa voix restait caressante, mais son regard brillait, aigu comme celui d’un oiseau. — Tes yeux n’ont pas voulu m’accueillir avec tendresse. Par Dieu ! Il faut qu’un jour ils me suivent avec des larmes de feu !…

Et il s’éloigna.

Au hasard d’une conversation :

— Ah ! Si Mahmoud Saâdi ! Nous la connaissons, fait Bou-Halim à Noura.

Ils parlaient de cette unique Isabelle Eberhardt, cette jeune femme au talent rare, à l’humeur vagabonde sous le bernous d’un petit taleb et qui, si vigoureusement chantait la chaude chanson du Sud et l’âme bédouine.