Et la coquette hypocrite lève ses bras très blancs de petite rousse, qui font la jalousie de ses compagnes.

Fafann pose sa broderie pour consulter un morceau d’étamine, vieille et fragile, où sont des modèles de toutes les broderies connues en Orient. Un hasard fit que Noura le découvrit parmi des hardes, chez une femme indigène qui ignorait la valeur de ce chiffon vénérable. Des soies ont conservé l’éclat de leurs couleurs. Elles se serrent brunes et bleues, pour former le dessin qui s’appelle « la citerne de la maison ». Elles s’élargissent en pétales pour ceux qui ont nom « la ceinture du roi » et « le jardin des roses ». D’autres sont « le vol des papillons » ou soulignent des palmiers roides, des mains fatidiques, des cyprès élancés comme des langues de flammes jaunes, vertes ou rouges. Des fils légers forment une sorte de grecque « le dessin de Tunis » pour les brodeuses. Et cette guenille est tout imprégnée des parfums d’un ancien harem…


Noura entra avec Mouni.

Mouni était plus jolie de toute la supériorité qu’exprimait son attitude, supériorité de rang sur ces filles de petite bourgeoisie, et supériorité de science, car il n’était pas une heure où Noura ne fût penchée avec amour sur la culture de sa fleur favorite. Le petit genêt gardait sa parure primitive, les draperies, les anneaux tintants, mais son jardinier se flattait déjà d’avoir changé le goût de son parfum.

Le parler français de Mouni était comme une chanson au rythme parfait. L’ardeur de son sang ne vibrait que dans les mots arabes. Même on eût dit que, finement, au contact de la modération franque, qui dénonçait comme laids et répréhensibles le pur instinct animal, la fougue naturelle d’un tempérament passionné, on eût dit qu’elle dissimulait cette ardeur et les bondissements d’une nature héritée de ses aïeules, les vagabondes et les belliqueuses aux déserts du Hedjaz.

Elle aimait Noura, mais son affection, si tendre qu’elle fût, ne comportait pas de dévouement.

Elle s’écriait parfois, sous une caresse :

— O Noura, ta maison est bonne, ta bouche et ton cœur sont bons. Je suis dans le bonheur. Je t’aime plus que mon âme, ô Noura !

Et pour lui épargner une douleur mortelle, elle n’aurait pas sacrifié ses cheveux. De cela, en dépit de sa sensibilité aiguë, de son pressentiment raffiné, de sa clairvoyance rare, l’éducatrice ne s’apercevait point. A l’égard de la petite créature dont elle faisait son enfant, la tendresse absolue annihilait les facultés d’observation de Noura. Elle ne voyait que la câline souplesse, les yeux purs et le visage heureux de Mouni. La douceur de la voix qui répondait à la sienne suffisait à la persuader des perfections de sa première conquête.