Ce matin-là, Fafann commence la broderie d’un bonnet de bain. Zoubeïda et Sadïa se préparent à reproduire et à enjoliver un dessin d’arabesques que Merïem et Helhala enlumineront. Djénèt, Louïz et Richa étudient un récit à la morale évidente et dont elles devront rendre compte à leur Mâlema. Les trois têtes semblent également absorbées, mais les yeux ne voient rien de la lecture, parce que tout bas Djénèt conte la bravoure des grands-pères des Français, qui s’habillaient avec la peau des ours pour épouvanter les taureaux enragés, et la fabuleuse aventure de Jeanne d’Arc, une géante dont les serviteurs étaient rois et qui avait changé en armée de démons et d’hommes de fer un troupeau de moutons qu’elle conduisait

Les plus petites et Zorah la douce s’appliquent à des pages d’écriture tandis que l’attention de Mimi suit le doigt de Sarah la sous-maîtresse et les paroles qui l’aident à démêler les mystères de l’alphabet.

— La lettre qui ressemble à une échelle s’appelle H, explique Sarah, et celle qui a la forme du croissant se nomme C.

Peut-être la création et l’organisation de Noura ne sont-elles pas l’idéal de l’enseignement tel que l’entend le progrès. Mais la jeune fille a vite constaté que c’était la seule manière qui ne rebuterait aucun des êtres de caprice et de libre fantaisie qu’elle veut capter.

Il ne s’agit pas d’aller, par doubles étapes à la conquête de brevets qui ne prouvent rien. Le but est meilleur qui consiste à préparer ces enfants à une vie nouvelle et plus large, lentement, en prenant le temps nécessaire.

Noura conçoit plusieurs sentiers dans la plaine, au flanc des montagnes, tous aboutissant à une belle cité. De ceux qui cheminent par ces sentiers, quelques-uns ont le pas vif et léger ; d’autres sont paresseux, trébuchent souvent, mais toutes leurs caravanes doivent entrer dans la cité.


Une saillie de Helhala au visage d’écureuil fait se dresser les têtes et rire les jeunes bouches.

— Ya Sidna Mohammed ![17] encore un jour qui me noircit ! Mes bras sont déjà comme la nuit qui commence. J’étais si blanche quand je tétais ma mère ; j’étais blanche de lait. Maintenant un nègre a pleuré sur moi ou bien c’est le café que je bois. Ya sidna Mohammed ! je ne boirai plus de café.

[17] O notre seigneur Mohammed.