— La salle d’école était noire. Elle sentait le tombeau. On s’asseyait sur des bancs étroits et, souvent, nous cousions des morceaux de chiffon, bons à rien. Nous n’avons pas besoin de savoir coudre comme pour les choses françaises. On aurait mieux fait de nous apprendre à broder des voiles, comme les femmes de Constantine. Maintenant, ma grand-mère m’a appris. Que me font les livres ? Laissez-moi broder des voiles ; les voiles sont beaux !

Et Noura devait se borner à lui montrer le jeu de broderies nouvelles, à développer son goût en lui indiquant comment se compose ou se transforme un dessin.

Helhala ne se rappelait que les punitions encourues de la part des maîtresses qui ne savaient pas parler l’arabe, alors qu’elle, Helhala, ignorait le français.

Mimi la benjamine s’écriait :

— Il n’y a que les enfants sales des gens pauvres qui sont dans l’école ; moi je n’irai jamais !

Richa et Zoubeïda avaient pris leur certificat d’études, brillamment, grâce à cet esprit d’à-propos et cette imperturbable mémoire momentanée qui tient lieu de compréhension à la généralité des enfants de leur race. Aujourd’hui, elles ne se souvenaient de rien. Un rideau était retombé sur leur cerveau du moment où elles avaient quitté l’école pour prendre le voile.

Quant à Djénèt, le visage pâle, elle possédait une mémoire spéciale et passait pour savante parmi ses compagnes. D’avoir suivi quelques leçons de religieuses dans un faubourg, elle conservait des souvenirs d’histoire comme les petits enfants conservent des réminiscences de Peau-d’Ane. Mais la façon dont elle les répétait était celle d’un conteur d’Orient, imaginatif et invraisemblable.


Avant la leçon, une sous-maîtresse installait les enfants, une Israélite très jeune et active que Noura avait choisie pour sa connaissance du parler arabe.