— L’égalité sera plus difficile à obtenir que la supériorité.
Et Lella Guemara exprima la grande objection, la crainte latente qui faisaient adverses celles qui auraient pu aider à l’évolution morale.
— Quand nous serons toutes savantes, plus de supériorité ; nos maris et nos pères ne préféreront plus l’avis de l’une à l’avis de l’autre. Si mon époux a trois épouses, je serai confondue avec elles, et si pas une tête ne veut se courber la guerre sera dans la maison.
Dans sa maison sévère, elle n’était prépondérante et écoutée qu’en vertu de l’exception. Plusieurs régnaient par leur science amoureuse ; elle était des très rares qui dominaient par le savoir.
Noura répondit :
— Avant longtemps, l’égalité s’imposera comme une loi.
— La loi persuade mal, répliqua la mère de Richa. — Et son sourire se nuançait sur celui de sa sœur. — Nous avons mieux que la justice et que les lois pour obtenir ; nous avons la ruse, l’amour et la vénération de nos fils.
Lella Fatime donna son avis :
— Les bonnes mœurs françaises sont belles et sûres. Elles m’ont assuré un bonheur que la mort seule a pu finir.
— Tous les Roumis ne sont pas le colonel Le Gall.