— Il se peut aussi, Mâlema, que tes discours troublent celles qui ignorent la vie et qui n’ont pas assez la conscience ou l’amour de leur race. Tes paroles leur sont pleines de ténèbres ou d’une lumière éblouissante. La science que tu veux pour elles doit être comme un mets pimenté ; la langue le trouve d’abord agréable, mais il la laisse brûlante et altérée. Cependant, s’il en est qui te suivent là où tu veux les emmener, déjà nous leur pardonnons, parce qu’elles reviendront…
— Oui, elles reviendront, dit Lella Fatime sourdement.
Et Noura à la mère de la « petite plume » :
— Maintenant, je sais que si Richa avait été la fille de ton sang, tu ne me l’aurais pas confiée.
« Une brebis de moins encore, dans mon troupeau ; Richa qui va se marier. Elle ne vient plus. Son union étant décidée, virtuellement elle appartient à sa nouvelle famille, et celle-ci, plus traditionnaliste que les parents d’adoption, entend qu’elle renonce complètement au contact de l’infidèle. La petite n’a qu’un gentil regret à mon égard ; elle est contente de devenir femme. Pour moi le regret est plus grand.
« Voilà l’écueil, Amie ; le mariage ; charmant s’il s’accomplissait entre deux êtres également évolués ; triste, dangereux peut-être quand il remet dans la vieille cage l’oiseau qui commençait à voler dans un jardin ouvert. Ce danger n’existera plus dans l’Avenir pour lequel le Présent travaille.
« La jeunesse et la beauté de ma « petite plume » me rassurent un peu sur son sort. Ce qu’elle sait est déjà suffisant pour la préserver de l’ennui et peut-être pourra-t-elle mettre une clarté dans l’ombre de la maison retardataire.
« Ce mariage est très envié dans le monde musulman. L’enfant adoptée a été choisie par la plus noble famille. Et cela ne surprend point puisque, en Islam la femme n’a besoin ni d’argent ni de naissance, mais de charme et de séduction pour espérer une union royale. Les pays de Mahomet ignorent le mélange de l’intérêt, du sot orgueil et de l’amour. Un titre de plus à leur supériorité dans l’esprit du Mahdi et de Claude Hervis.
« Où donc est-il notre Mahdi ? En Egypte ? J’ai reçu des journaux du Caire qui me paraissent avoir été soulignés par sa main. Je vous transcris les paragraphes qu’il impose à mon attention.