— Puisse cet appel ne jamais retentir ! Je n’obéirai pas, Noura ; je préfère la mort ! Mon destin n’appartiendra pas à un Arabe, mais à un Français dont l’amour seul vaudra mon amour.

— Nous chercherons ce Français-là, chérie.


Le chemin s’enfonce parmi des oliviers. Leurs fruits tombent sous le bâton des fellahs. Des femmes, des enfants les recueillent. Entre les racines d’un arbre est couchée une fillette chétive, aux membres raides, la jambe enveloppée de linges blancs où se voit un chiffre d’hôpital.

Noura s’arrête.

— Que lui est-il arrivé ?

C’est le récit de la mère, une grande paysanne sèche, tannée par la misère et le travail.

— Elle jouait avec d’autres enfants. Elle est tombée sous un chariot ; la roue a passé sur sa jambe. On l’a portée à l’hôpital. On m’a renvoyée. Quand elle a été seule, elle a crié. Quelqu’un l’a battue pour la faire taire. Alors elle a eu peur jusqu’à mourir et elle est devenue raide avec les dents serrées. On a vu qu’elle allait laisser « monter son âme » et on me l’a rendue.

— Porte-la au dispensaire, la doctoresse la guérira.

Mais, farouche, la femme déclare :