— Non, je n’irai pas à Sidi-Mansour. Je ne crois plus aux remèdes des chrétiens.

— Voilà le résultat de la nervosité d’une infirmière, souligne Claude Hervis.

Noura caresse l’estropiée.

— Ah ! les femmes des fellahs, murmure-t-elle. Pauvres êtres voués à la longue souffrance, à la misère sans fin. Elles sont telles les animaux qui broutent sous le soleil ou l’ouragan, travaillent, se reproduisent, tombent et crèvent.

— Ce n’est qu’une matérielle souffrance, ô Noura.

— Que fait la qualité de la souffrance si on la souffre avec toute sa faculté de sentir ?

— Il y a bien des heureuses et des soumises sans effort dans le gourbi du fellah.

— Si rares !

— Pas plus que chez nos paysannes ou la femme de nos faubourgs. Combien travaillent autant que vos Bédouines en supportant les mauvais traitements du mari et des fils, sans parler de l’inconduite des filles. Et elles n’ont pas toujours le secours de la passivité fataliste. Messieurs les assimilateurs auraient mieux fait d’entreprendre le relèvement de leurs compatriotes, même au nom d’un socialisme illusoire, avant de vouloir le réveil de l’Islam somnolent.

— Claude, nous savons que l’inégalité des sorts sera difficilement abolie de l’histoire humaine ; mais notre rôle est d’atténuer l’injustice dans toute la mesure d’un devoir fraternel.