Des petits ânes vinrent, bâtés de zenabil[24], pour emporter les olives. Plusieurs avaient le bout des oreilles coupé, dernier vestige peut-être d’une superstition des Mekkois d’avant l’Islam qui, supprimant l’extrémité des oreilles du dixième faon d’une chamelle en faisaient un animal sacré. Il se peut aussi que ce soit une dérision envers les ânes chétifs et méprisés.

[24] Pluriel de zembil, double couffin.

Le chemin qui sinuait sous les oliviers monta au flanc d’une colline. Sous le soleil, des touffes de diss exhalaient un parfum âpre et chaud. Des myrtes, broutés pendant la disette d’août et de septembre, rampaient, fleurissant tout près du sol rouge d’argile éboulée. Aux endroits brûlés par les bergers en quête de pâturages, se convulsaient des buissons de zenboudj, l’olivier sauvage, noircis.

Au sommet, c’était un vieux verger de figuiers stériles. Rome y avait laissé des débris de marbre et des chapiteaux brisés.

Le paysage était la plaine striée de labours récents entre des orges déjà vertes, des coteaux de vignes et de broussailles ; l’Atlas bleu et des montagnes proches, aux cimes frisées poudrées de lumière ; une ville étagée ; la mer mythologique, et dans le creux d’une vallée, bordé de collines pâles, l’argyrose d’un lac.

Des rivières glissaient vers la mer. Des troupeaux cheminaient sur les routes. Des fellahs allaient au marché en carrioles cahotantes, sur des ânes trottinant menu, des mules vives et jeunes entravées pour marcher l’amble, jarrets saignants, et sur des juments maigres à la croupe basse, queue traînante, pâturons fléchissants et sabots sans fers.

Au bord de la plaine deux palmiers esseulés pointaient. On devinait leurs palmes balancées par le jeu des souffles de la terre et de la mer. On devinait l’adorable bruissement qui fit dire aux rêveurs des oasis : — « Les palmes profèrent un soupir d’admiration et de louange à Dieu. »

— J’aimerais une hutte sur ce sommet, dit Claude Hervis, je regarderais la vie face à face, sans crainte. Dans cette solitude et ce silence, j’entendrais bien battre son cœur infini. Le soleil me serait plus cher que la fortune et les myrtes plus doux que les lauriers.


Mouni qui serrait des myrtes dans ses bras jette les fleurs aux mains de l’artiste…