Par l’escalier en spirale, tel celui d’un minaret, j’atteins l’éblouissement du soleil sur une terrasse étroite et haute. Elle domine les vols noirs et gris, bleuâtres et cendrés, des corbeaux et des palombes qui habitent les rochers du torrent, le Rhumel aux profondeurs vertigineuses, ceinture de la cité.
— Le djaouak de Kralouk chante plus haut que le cri du corbeau ; son chant vole au-dessus des pigeons bleus, dit le musicien avec emphase. Et, regarde, il n’y a qu’un aigle planant sur nous.
L’oiseau de proie étend ses ailes comme l’arc de deux sourcils contre la face du ciel.
D’une pièce donnant sur la terrasse, un appel vient à ma rencontre :
— Entre ici, ma fille.
Je soulève un rideau de cotonnade rayée. Une femme, toute bruissante de bijoux, quitte la natte où elle était assise pour me donner le baiser ami. C’est la femme de l’Homme au djaouak.
— Mon nom est Louinissa, dit-elle.
— Tu es avec la beauté.
— Non, mais plutôt avec la vieillesse.
— Pas encore. Tu n’as que l’âge de la paix ; celui du renoncement est loin.