— Et après cela, ma sœur Cécile ?

Elle hésita longuement. Ses doigts s’allongeaient, puis se rétractaient sur ses genoux ; ses ongles bombés griffaient la laine de sa robe.

— Après cela…, nous sommes revenues à la maison-mère, sœur Bénigne et moi. Quand notre supérieure a décidé de se réfugier en Italie, sœur Bénigne, malgré son âge, a voulu la suivre. Moi, je les suivais toutes les deux…

— De votre plein gré, n’est-ce pas ?

Elle eut un sourire équivalant à un haussement d’épaules :

— Mâadith n’était qu’une chèvre perdue et sœur Cécile appartenait à la communauté…

Le jour se retirait de la chambre. Au dehors régnait déjà l’apaisement du crépuscule.

— Il faut que je m’en aille, dit brusquement la petite religieuse sans voile.

— Je vous accompagne. Nous rejoindrons Louinissa chez Bouhadad.

Je craignais, si je la rendais à elle-même et à son nouveau milieu, si une nuit et une journée peut-être nous séparaient, je craignais que ne s’émoussât son désir de se raconter à moi, et je n’apprendrais jamais la suite de son récit. Elle accepta ma proposition.