Elle s’interrompt. Je risque discrètement :
— Comment avez-vous quitté le couvent ?
Nous avons atteint la maison de l’Homme au djaouak. Sœur Cécile dit très vite, avec une attitude déjà différente et en s’éloignant de moi :
— Une ancienne élève de nos sœurs s’occupait de procurer des situations honorables aux religieuses laïcisées. Elle m’en offrit une ici. Il s’agissait de l’éducation de deux enfants dans une famille d’officier. J’acceptai… L’officier a changé de garnison… Il voulait m’emmener… — Elle sourit, d’un sourire énigmatique et délicieux. — J’ai refusé, car ce n’était pas une maison suffisamment chrétienne. Alors, dans la rue, j’ai rencontré Kralouk et Louinissa.
— Vous vous êtes reconnus ?
— Le musicien et moi, oui. — « C’est toi qui m’as guéri ! s’est-il écrié. C’est toi, Mâadith du village d’Ighli. » — Louinissa a écarté son voile et m’a saisie dans ses bras : — « O fille du fils de mon oncle, c’est toi que Ouali perdit, c’est toi que les chrétiens ont prise et que nul n’a réclamée ; la maison de mon seigneur est à toi. » — C’était le refuge matériel ; je me suis restituée en partie à ma famille musulmane. Il se peut que je l’amène à la connaissance du vrai Dieu.
De ce long récit, tout est vraisemblable et cependant… Qui me dira quelles sont les parts du mensonge et de la vérité dans les paroles de sœur Cécile ? Je sonde ses admirables yeux posés sur moi comme pour deviner mon impression. Je vois uniquement leur beauté, rien au delà.
— Tu reviendras, un jour d’entre les jours, s’il plaît à Dieu, me dit affectueusement Louinissa. Tu reviendras et la maison sera heureuse.
Sœur Cécile guette ma réponse. Peut-être son orgueil inquiet l’appréhende-t-il un peu. Et je la laisse, doucement souriante et rassurée, parce que j’ai promis de revenir.
« Ma chère enfant,