— Notre petite conquête a été baptisée. Ce n’est pas une Arabe ; c’est une Berbère dont les ancêtres furent chrétiens.

— Oui, oui, ils furent chrétiens, après avoir été idolâtres et revinrent aux idoles avant de se faire musulmans. Quel crédit voulez-vous que j’accorde aux ferveurs religieuses transmises à leurs descendants ? Je ne vous convaincrai pas ; mais vous ne me persuaderez pas non plus. Cette Mâadith, ou Cécile, puisque tel est le nom de son baptême, a pour habitude d’être la gloire et l’édification des communautés. Est-ce à cause de son charme sauvage ou de sa souplesse d’instinct, qui l’adapte sans effort à vos us et coutumes en vous émouvant d’une pieuse surprise et dans la tendre bonté de votre cœur ?

— Ses actes sont exemplaires, sa piété édifiante.

— Elle apporte trop de passion en toutes choses. On dirait qu’elle recherche et éprouve de la volupté même dans la prière.

— C’est une nature excessive, mais d’une pureté absolue. Lavée de son misérable passé, elle s’est appliquée à l’abolir dans sa mémoire et n’en conserve pas une ombre.

— Je veux vous croire, je veux vous croire.

— Elle n’a jamais témoigné le moindre regret de sa vie primitive ni manifesté le désir de nous quitter quelque jour.

Le Père André sourit avec une incrédulité plus grande contre laquelle Mère Augusta me semblait accoutumée à rompre des lances.

— Cet argument ne vaut rien, réplique-t-il. L’âne battu et affamé reste volontiers dans la fraîcheur de l’écurie imprévue et devant la crèche où il rencontra bonne provende, même si, la porte ouverte, le soleil et la poussière le sollicitent de revenir au dehors.

J’écoutais la discussion, plus tentée d’adopter l’opinion de l’aumônier que les certitudes de la supérieure. Celle-ci reprit pour moi la suite de l’histoire de Mâadith-Cécile.