Qu’arrive-t-il encore à Mâadith, si paisible ces jours derniers ? Silencieuse et résignée avec douceur, elle paraissait rêver près de l’émoi profond et muet de son dominateur. Et la voici qui semble prête à perdre le souffle et la vie.
Les doigts souples et habiles du musicien dénouent le voile et déroulent les plis de la ferachia. Il étend Mâadith sur une natte.
— Sois rassurée, ô petite beauté, petite beauté. Voici ta maison et voici Kralouk. Faut-il te venger d’une injure ou d’un maléfice ? Mais parle-moi et cesse de regarder vers les frontières de la mort.
Elle darde enfin ses prunelles révulsées sur la figure familière. Elle recouvre sa parole entrecoupée :
— Pitié pour moi ! pitié pour moi !
— Pitié pour toi, gazelle ? Quelle pitié, ô maîtresse de l’amour ! Non point de la pitié, mais…
La petite main de Mâadith le saisit en plein visage, lui fermant la bouche et, levant l’index de son autre main, égarée et solennelle, du geste rituel, Mâadith atteste le ciel musulman. Kralouk se dégage, la considère. Alors, devant son geste et ses traits inspirés, irrésistiblement, il prononce pour elle la chehada, témoignage sacré de la foi koranique :
— Il n’y a qu’un Dieu unique et Mohammed est l’envoyé de Dieu.
Un peu plus tard, entre Kralouk et Louinissa, la rachetée souriait, sereine. L’Homme au djaouak l’entretenait gravement :
— C’est dans la nuit d’El Kader, qui est entre le vingt-quatrième et le vingt-cinquième jour du mois de Ramadan, que toutes les choses du monde sont fixées par Allah pour la durée d’une année. Prends garde au songe que tu feras cette nuit-là. Il sera l’avertissement de ta destinée.