— Et… Mâadith ?
— Elle est heureuse.
Une expression de volupté assouvie, de désir renaissant et d’ardeur caressante, transfigure l’Homme au djaouak. La frémissante petite créature de jadis a-t-elle trouvé sa voie dans l’unique amour de cet homme, de ce vieil amant qui ne vieillit pas ?
Voici la station où je dois descendre, où l’on m’attend. Je voudrais savoir davantage. Trop tard ; le train repart déjà. Un mot encore ; il me faut connaître le village qui cache les épouses de Kralouk. Je vais parler ; il me prévient, penché à la portière, son sourire si particulier jouant sur ses lèvres sensibles :
— Si tu erres dans la montagne et vers les villages des Merkallah, regarde dans les vergers de Tessala ; peut-être verras-tu la chèvre marquée pour le bonheur.
Je plantai ma tente sur un petit plateau, le plus voisin des villages des Merkallah. Encore poudrée de sables sahariens, elle s’étirait, modeste et invitante sous trois bouleaux argentés. Elle dominait des gorges de ravins obscurs, des roches grises, des cascades tumultueuses. Hors la zone de verdure, vertigineusement projetée vers l’infini, la Dent du Lion pointait. Aux pieds du plateau, sur les vergers de Tessala, le crépuscule avait le parfum des pêches mûres et montait de secrets jardins hérissés de ronces et de cactus. Je me souvins de cette chanson de Kralouk :
Dans les jardins de Tessala,
les pêches et les abricots sont dignes du paradis ;
Mais ta bouche n’est-elle pas préférable ?
Tes yeux sont nobles comme le Djurdjura.