Ils sont durs aussi comme les rochers.
Ton sourire est froid comme la neige ;
mais la couleur de ton visage est une trahison pour ta froideur.
Mon cœur s’est pris dans tes cheveux
pareils à des ailes de pigeons sur ta tête ;
L’eau de ton pays a noyé ma sagesse
Depuis que j’ai dormi dans les jardins de Tessala.
Mâadith a dormi et dort ce soir dans ces mêmes jardins. L’eau de ce pays a-t-elle noyé sa mémoire ? Felouque légère, alourdie par une cargaison aux éléments riches, mais disparates, désemparée et jetée à la côte en écoutant le chant des sirènes de sa race et de son passé, a-t-elle sombré dans un complet retour à la primitivité ?
Quel exemple déconcertant, quel violent témoignage de la force des morts contre l’évolution des vivants serait celui de cette enfant, prise et reprise, envolée comme un oiseau rare vers le plus divin ciel du plus chaste et du plus pur idéal, portée par la religion la plus raffinée du renoncement, la plus détachée de toute matière ; soudain, arrêtée brusquement dans son vol, planant un instant dans l’incertitude, redescendant à pic sur la terre la plus sensuelle et la plus barbare, coupant ses ailes, redevenant pareille à l’olivier kabyle pour reprendre racine dans le sol de la tradition ! Je saurai demain quelle expression nouvelle traduit son âme héréditaire.
Mes serviteurs avaient allumé un grand feu de broussailles sur le petit plateau où la fraîcheur descendait avec la nuit. L’ombre environnante s’aggravait de silence humain, troublée uniquement par la voix des eaux innombrables. La montagne, vierge de sentiers à cette altitude, grandissait au-dessus de nous. Parfois, et comme sous les pas d’un mystérieux sabbat, une pierre se détachait de son alvéole ; elle bondissait ou glissait et, de chute en chute, allait s’abattre en bruit sourd dans les profonds jardins.