Aussitôt que maman eût fini de lire elle s’écria:
«Mon Dieu, mon Dieu, il sera là-bas, tout seul. Je n’ai jamais eu tant d’inquiétude! Si les Allemands prennent Anvers, que ferons-nous, que saurons-nous de lui?
—Ma petite maman, tu devrais aller à la légation de Belgique pour savoir si Anvers peut se défendre et ce que papa deviendra si la ville était prise.
—Oui, tu as raison, allons-y vite.»
PIERRE AIDA PHŒBUS A MONTER SUR LE CANAPÉ VERT.
Alors nous sommes parties avec Barbe. Nous avons été à pied. Nous connaissons bien le chemin, qui est très joli; nous suivons les quais le long de la Seine, la place de la Concorde et les Champs-Élysées. Naturellement la course est trop longue pour que Phœbus vienne avec nous. Nous l’avons laissé dans le jardin où il y a du soleil. Il s’est couché sur le perron de pierre, la tête appuyée sur un coussin. Pierre est allé pendant ce temps au ministère de la Guerre avec sa maman.
A la légation, le jeune homme très grand qui parle toujours avec maman quand elle vient, lui a dit que les forts d’Anvers étaient bombardés, ainsi que Malines, mais que si papa s’était mis à la disposition du gouvernement, il le suivrait de toutes façons, et qu’il ne fallait pas avoir de crainte. En tout cas, il espérait bien qu’Anvers ne serait pas pris par les Allemands.
Maman était un peu rassurée, du moins elle s’efforçait de le paraître.