—Oh! il est venu avec nous en voiture, en bateau, en chemin de fer et dans l’auto de M. Le Peltier. Il a été à la guerre et il a eu sa patte coupée par un obus.

—Mais alors, s’il a vu tant de choses ton chien, il pourrait, lui aussi, raconter ses aventures.»

Barbe regarda le directeur avec un air étonné et elle répondit:

«Mon toutou est un chien et tu sais bien, monsieur, que les toutous ne parlent pas!»

Pour rassurer Barbe, M. Ray, c’est ainsi que ce monsieur s’appelle, lui donna un album très amusant de découpages de tous les guerriers français. Barbe était très contente et vraiment elle le remercia gentiment. A moi, il me donna un joli livre de la Bibliothèque Rose: les Petites filles modèles.

Il dit à maman qui semblait très touchée:

«Tout ce que nous pourrons faire ici, en France, pour vous ne sera rien en comparaison de ce que votre pays et votre roi ont accompli pour nous. Si le peuple belge n’avait pas combattu avec tant d’héroïsme et de courage, malgré la valeur de nos soldats français, nous aurions beaucoup souffert de l’invasion de ce cruel ennemi. C’est pourquoi, ayant su que votre petite fille avait écrit son journal, il m’est venu à l’idée de le publier ici dans une revue d’enfants pour bien faire connaître à mes jeunes compatriotes ce que sont et ce que pensent les petits Belges. Elle va me donner le commencement, et continuera à l’écrire jusqu’à ce que vous soyez de nouveau rentrés dans votre bonne ville de Louvain.»

Après nous sommes parties, je me sentais très heureuse, non pas de ce que mon Journal allait être imprimé, mais des paroles que M. Ray avait dites à maman, car je savais qu’elles avaient rendu maman moins triste.

Je me disais en moi-même qu’il n’y avait pas seulement papa et maman de bons sur la terre.

En rentrant, Pierre a couru vers nous en nous tendant une dépêche, c’était l’annonce de l’arrivée de Tantine Berthe et de Madeleine à la gare du Nord.