—Oh! dit maman, Noémie est une vraie petite femme, elle a été si attentionnée pour moi. Elle s’est montrée une sœur aînée parfaite pour Barbe. Elle ressemble à son papa, elle a le même cœur.»

Maman ne pouvait pas dire une chose qui me rendît plus fière, car partout on parlait du cœur de papa.

Aussi, quand nous sommes arrivées rue Bonaparte, en entrant dans le grand salon, au lieu de se réjouir, personne ne parlait, malgré Phœbus qui voulait à toute force sauter sur Madeleine et lui lécher la figure. Il remuait tellement que sa patte en bois faisait sur le parquet un bruit assourdissant.

Barbe est allée vers maman, a grimpé sur ses genoux et l’a embrassée; moi je suis allée vers Tantine Berthe et je lui ai dit: «Ma chère petite Tantine, papa a dit qu’il fallait être de bonne humeur; ne sois pas triste et consolons maman.

—Oui, tu as raison, Noémie, mais tu comprends qu’au premier moment, quand on a tout perdu et qu’on retrouve ceux qu’on aime, on est bien ému.»

A ce moment, Pierre et sa maman sont entrés.

J’ai pris Pierre par la main et je l’ai mené vers Tantine en lui disant:

«Tantine Berthe, voici Pierre Mase, que nous avons rencontré à Dunkerque en chemin de fer. Son papa est artilleur, il se bat comme Désiré depuis le commencement de la guerre. Lui-même, quand il sera grand, sera artilleur aussi. Il a habité aussi avec nous au séminaire de Saint-Sulpice et maintenant, il est ici. Il nous a fait connaître Paris et les petits Français qui sont aussi courageux que les petits Belges.»

Pierre avait l’air très intimidé par Tantine Berthe. Mais elle l’attira à lui et l’embrassa:

«Si vous avez été complaisant pour les infortunés enfants belges, vous êtes un brave Français comme ils le sont tous.