Paris, le 6 octobre.
CE matin, la femme belge qui aide maman à faire le ménage est venue très tôt, en sanglotant, nous annoncer qu’Anvers était pris par les Allemands. Au premier moment, cela a été affreux; maman désespérée s’est jetée dans les bras de Madeleine; moi, je me suis approchée de Tantine qui était assise dans un grand fauteuil, pour l’embrasser. Elle m’a serrée contre elle, elle a appelé Barbe et elle a passé sa main sur nos têtes en disant:
«Mes pauvres enfants, mes pauvres enfants! Ma chère Belgique!»
Mais elle parlait tout bas, comme à elle-même, et elle avait une figure toute changée.
Je lui demandai à l’oreille:
«Et papa, Tantine, crois-tu qu’il soit resté à Anvers avec les Allemands?
—Je ne le pense pas, mais soyons sûres qu’il aura agi pour le mieux! Il faudrait savoir où est notre Roi.»
Maman entendit ces mots; alors elle se redressa et, en s’essuyant les yeux, elle dit:
«Je veux aller immédiatement à la légation de Belgique m’informer de ce qu’il en est exactement et comment je pourrai savoir ce que sera devenu votre père.»
Madeleine partit avec maman. Tantine resta dans la chambre où elle couche avec maman et nous dit de jouer dans le jardin afin de la laisser seule un moment, de faire bien attention à ce que Barbe restât tranquille.