J’ai pris ma petite sœur par la main et j’ai trouvé Pierre dans le grand salon avec Phœbus. Il s’est écrié tout de suite:
«Voilà, j’ai été acheter un journal! Le Roi est parti d’Anvers avec son armée. Beaucoup de Belges se sont réfugiés en Hollande et en Angleterre. Peut-être que ton papa est en Angleterre. Et puis, ce n’est rien qu’Anvers soit aux Allemands, nous le reprendrons, et alors qu’est-ce qu’ils recevront, les Boches! Ne soyez pas découragées, il ne faut jamais l’être; c’est papa qui me l’a recommandé en partant.
—Oui, tu as raison, mais c’est bien triste pour maman et Tantine Berthe. Elle nous a dit de la laisser seule, je crois qu’elle pleure, elle ne veut pas que nous la voyions.
—Écoute, je voudrais faire quelque chose pour lui montrer comme je comprends sa peine, parce que, tu sais, quand Paris a failli être pris à la fin d’août, je rageais, il fallait voir cela! Alors je vais sortir et lui rapporter un petit bouquet de violettes de deux sous; c’est pas beaucoup, mais elle serait fâchée si je dépensais mon argent, et...
—Oui, c’est l’intention! Va vite et ferme tout doucement la porte d’entrée pour qu’elle ne t’entende pas.»
Pendant qu’il était sorti, nous nous sommes assises, Barbe et moi, sur les marches du perron et j’ai essayé de lui raconter une histoire, mais elle voulait tout le temps se mettre derrière la porte de la chambre pour écouter si c’était vrai que Tantine pleurait.
Enfin Pierre est rentré; nous avons attendu jusqu’à ce que Tantine revienne dans le jardin; alors Pierre s’est avancé vers elle et lui a offert ses violettes, sans dire un mot. Tantine a eu les yeux pleins de larmes et elle a seulement embrassé Pierre sur le front en disant:
«C’est un véritable petit Français!»