PIERRE A DONNÉ A TANTINE BERTHE
UN BOUQUET DE VIOLETTES.
Maman est revenue vers midi. Elle était très pâle.
A la légation, on n’avait pu que lui répéter que l’armée avec le Roi avait quitté Anvers jeudi après un bombardement terrible qui avait endommagé beaucoup d’édifices et que les Allemands étaient entrés à Anvers le vendredi, par le faubourg de Berchem. On lui avait conseillé d’écrire au Havre, où s’établissait le gouvernement belge, et à Amsterdam où un nombre très grand de réfugiés avaient pu parvenir.
«Mais tu vas écrire au sergent Vandenbroucque, à Dunkerque: il tâchera de savoir des nouvelles de papa.»
Pierre alla à la poste porter une dépêche de maman; nous espérions bien avoir une réponse le soir même.
Nous sommes anxieuses, nous attendons des nouvelles du Havre, de la légation et aussi de la maman de Pierre, qui est au ministère de la Guerre; c’est tout ce que je peux écrire dans mon Journal.
Il faut que je m’occupe de Barbe qui, comme toutes les fois où nous sommes dans l’inquiétude, devient terriblement capricieuse.
8 octobre.
Nous passons de bien tristes heures: nous n’avons pas de nouvelles de papa, nous ignorons où il est. Seulement hier, nous avons reçu une carte de Désiré avec ces mots: «Je vais bien, suis à Heyst. J’ai vu Jean Boonen avec le bras coupé et qui a été évacué sur la Hollande, son père est resté à Anvers. J’espère que vous êtes tous réunis.—Désiré.»
Il est décidé que nous allons quitter Paris. Madeleine vient de me le dire d’un air navré. Elle m’a prise à côté d’elle et m’a annoncé que nous n’avions plus d’argent du tout et qu’il fallait faire quelque chose. Ceci, je ne comprends pas trop ce que cela veut dire, mais je devine qu’elle me parle à moi parce qu’elle ne veut pas manquer de courage devant maman qui a déjà assez de peine.