«Oh! ma chérie! j’aurais dû rester avec papa. Du moment que vous étiez en sûreté, j’aurais forcé papa à quitter Anvers. Car pense donc, si les Allemands l’ont emmené en Allemagne!»

En songeant que mon pauvre papa pouvait être prisonnier, je me suis mise à sangloter; alors Madeleine s’est arrêtée tout de suite et elle m’a embrassée.

«Tais-toi, je t’en prie; je dis cela, mais il est certain que papa sera resté avec le Roi et qu’il est au Havre. Nous allons être bientôt tranquillisées.»

La maman de Pierre a des parents dans une petite ville de France, à Montbrison. Elle va partir pour demeurer chez eux, car elle aussi n’est pas très riche et il faut que Pierre aille en classe. Là, elle a des amis qui ont besoin d’une dame pour soigner et surveiller des enfants; alors maman a pensé qu’elle pourrait s’occuper d’eux, de sorte que nous irons tous avec nos amis à Montbrison.

«Mais, alors, maman travaillera?

—Oui, mais moi aussi, me répondit Madeleine, je donnerai des leçons ou trouverai un emploi afin d’avoir un peu d’argent pour aider maman.

—Et moi, alors, je ne ferai rien?

—Mais, ma petite Noémie, tu es trop jeune; du reste, tu t’occuperas de Barbe, et tu l’empêcheras d’être désobéissante dans la maison où nous serons; je crois que cela sera déjà beaucoup.»

Tout ce que me raconte Madeleine me tourne un peu la tête. Je vois que maman, Tantine et Mme Mase, la maman de Pierre, parlent beaucoup ensemble dans la chambre jaune, et j’ai une tristesse affreuse en pensant aux jours d’autrefois où nous étions si heureux tous à Louvain.

Pierre m’a demandé si nous pouvions aller faire une promenade dans Paris pour revoir quelques-uns des beaux monuments et surtout le jardin du Luxembourg où nous nous sommes si souvent amusés. Maman a bien voulu que nous sortions tous les trois avec Madeleine, Pierre ayant déclaré qu’il était assez grand garçon pour nous protéger.