Nous avons pris le train à la gare de Lyon à huit heures du soir. Dans l’après-midi nous avons dit adieu à M. Le Peltier et à toutes les personnes qui ont été si bonnes pour nous. Les employés du chemin de fer remarquaient Phœbus et voulaient savoir pourquoi et comment il avait été blessé. Naturellement Pierre, qui aime à parler aux soldats et aux employés, leur racontait l’histoire de Phœbus, et même dans une gare, je crois que c’était à Nevers, il a été tout à coup entouré de quatre militaires—c’étaient, paraît-il, des artilleurs—qui écoutaient le récit de la bataille où le pauvre Phœbus a perdu sa patte.

«Eh bien, mon vieux, disait un des soldats, tu penses si les chiens belges sont épatants; ils se font casser la jambe tout comme nous autres!

—Nous n’avons pas de chiens comme cela en France!

—T’es bête, toi. Et les chiens sanitaires, donc? On peut dire aussi qu’ils sont braves! Tu sais, à la Marne....»

A ce moment-là, notre train se mit en marche lentement, alors que nous ne nous doutions pas qu’il allait partir. Pierre et Phœbus étaient sur le quai, car on l’avait descendu pour le faire boire dans un baquet plein d’eau. Pierre voulut courir, mais comme Phœbus, lui, ne pouvait pas le suivre, il resta sur le quai en levant les bras au ciel et en nous criant qu’il nous rejoindrait par le train suivant.

Quel émoi dans notre wagon! Barbe était désolée parce que Phœbus était resté sur le quai et que nous partions sans lui; la maman de Pierre eut une crise de larmes, et ce fut Tantine avec ses paroles douces et de l’eau de mélisse qui la calma.

«Mais Pierre n’a pas d’argent et j’ai son billet!

—Si, si, madame, il a un peu d’argent; il a, je crois, trois francs.

—Trois francs! Mais que voulez-vous qu’il fasse avec trois francs?»

Je pensais en moi-même à l’argent qu’il avait dépensé l’autre jour chez le pâtissier.