Pauvre Tantine! elle dit cela et elle s’efforce de garder un visage tranquille, c’est pour maman et pour nous! Je vois bien qu’elle et maman ont souvent les yeux rouges. Nous n’avons pas de nouvelles de papa. Le sergent Vandenbroucque et la légation de Belgique ne nous ont encore rien écrit pour nous apprendre si papa est avec le Roi ou s’il est resté à Anvers. Rien de Désiré non plus!

La patte noire de Phœbus.

Montbrison, octobre 1915.

PIERRE nous a envoyé une dépêche pour nous annoncer son arrivée à Montbrison avec Phœbus. Maman nous a conduites à la gare toutes les trois et nos petites amies Marie et Louise Moreau naturellement. Quand nous sommes ensemble, maman ne peut pas faire autrement que de s’occuper de nous, alors elle parle et elle sourit quelquefois. Mais, c’est bien sûr, tant que nous ne saurons pas où est papa, elle ne sera pas heureuse—nous non plus. Je remarque surtout comme Madeleine est changée. Elle se fait beaucoup de remords de ne pas être restée avec papa. Ceci, c’est Tantine Berthe qui l’a dit l’autre jour à Mme Moreau.

Pierre devait arriver à onze heures du matin. Nous étions à dix heures et demie à la gare. Pendant que nous attendions, Barbe me questionnait sans s’arrêter.

«Dis, Noémie, tu es sûre que Pierre va ramener Phœbus? Tu ne crois pas qu’il aura manqué le train?