Pierre répondit aussitôt.

«Oh! nous avons fait comme nous avons pu. Pour pouvoir remplacer une patte à un chien, il faut que la patte soit encore vivante, je veux dire qu’elle appartienne à un chien qui vient de mourir; le jour où l’on a opéré Phœbus, il n’y avait là qu’un chien, et il était noir. Mais tu ne vois pas, petite bécasse, que c’est très original et que Phœbus est tout à fait épatant ainsi?»

Moi, je trouvais que Phœbus était superbe! Il bondissait et sautait sur nous tout à fait comme dans l’ancien temps. Il se mettait à côté de Madeleine en frottant sa grosse tête contre sa main. Ses bons yeux semblaient dire: Je suis joliment content de vous retrouver toutes, mais je voudrais bien savoir où est mon maître. Et nous donc!

Les blessés que l’on descendait du train le caressaient en passant; Phœbus les connaissait tous. Maman alla causer avec un officier français qui venait de Belgique, comme nous le dit Pierre, et qui avait reçu une «marmite» près de Poperinghe. C’était un dragon. Il avait l’air très malade, mais comme Pierre lui avait rendu quelques services pendant le voyage, il causa avec maman, pendant qu’il attendait la voiture qui devait le mener à son ambulance.

«Ah! madame, quel Roi vous avez, et quels soldats héroïques dans cette armée belge! Mais ils ne pouvaient résister à la force écrasante des Allemands. C’est déjà merveilleux la manière dont on s’est défendu contre eux. On vient de m’apprendre qu’ils sont entrés dans Ostende. Que restera-t-il de cette pauvre Belgique?»

Maman lui parla de Louvain, de papa qui était soit à Anvers, soit ailleurs, nous ne savions pas. Ce dragon nous demanda d’aller le voir lorsqu’il serait à l’hôpital. Pierre devait s’y rendre chaque jour après le lycée pour aider dans le service des médecins. Je dis tout bas à Pierre:

«Est-ce que je pourrai aussi t’accompagner? Je voudrais bien faire quelque chose pour les soldats français.

—Oui, tu viendras avec moi, il y a toujours des commissions, des objets à chercher; mais n’en parle pas devant Barbe qui voudrait nous suivre et qui nous embarrasserait.»