Pendant que nous parlions, la sentinelle s’était approchée de nous et, s’adressant à Pierre, elle lui dit:

«Il est défendu de s’arrêter ici, allez plus loin.

—Bien, bien, répondit Pierre, nous avons déjà vu tout ce que nous voulions. Mais regardez notre chien, il veut vous dire bonjour, parce que c’est un soldat comme vous, il s’est battu à Liége, il a eu la patte emportée par un éclat d’obus et il a été médaillé.»

NOUS REGARDIONS LES PRISONNIERS ALLEMANDS
QUI SE PROMENAIENT DANS UNE COUR.

Pierre lui avait dit cela tout d’une traite, afin que le soldat puisse tout entendre, car il leur est défendu de parler pendant qu’ils montent la garde. Mais je vis bien qu’il considérait Phœbus avec intérêt. Après, nous avons continué notre chemin et nous avons vu, au pensionnat Saint-Charles, les blessés français. Il y en a beaucoup qui se sont battus en Belgique et aussi à la bataille de la Marne.

Pierre ne cesse de leur demander des détails sur ces belles journées, comme il dit. Il a vu un artilleur qui fait partie du 20e corps comme son papa et du 60e régiment d’artillerie! Alors il était dans une folle joie! Il a couru chez un marchand de tabac et il a acheté pour deux francs de cigares et de cigarettes—c’est tout ce qui lui restait d’argent—et il les a donnés à l’artilleur, qui a aussitôt partagé avec ses camarades.

«Vous savez, monsieur Pierre, les Allemands ne se sont jamais attaqués au 20e corps, car il ne recule jamais! Oh! nous en avons tué des Boches; tenez, par exemple...» et il commence une histoire que je mettrai la prochaine fois dans mon Journal, car il est tard et on va bientôt servir le dîner.

Jeudi.