—Non, dit Barbe, j’aime mieux la galette.
—Naturellement, parce que tu es une petite gourmande; mais il y a des petits enfants qui seraient bien contents d’avoir tous les jours un gros morceau de pain blanc pour leur goûter.
—Oui, par exemple, les pauvres petits Belges ou les pauvres petits Français qui s’enfuirent à l’arrivée des Allemands et qui errent sur les routes.
—Et nos pauvres soldats qui se battent; ils n’ont quelquefois pas même le temps de manger ni de boire.
—Oui. Pendant la bataille de la Marne, quand il s’agissait d’arrêter coûte que coûte les Allemands, papa a dit qu’il y avait des artilleurs qui n’avaient pas mangé pendant trois jours.
—Et tu crois que mon pauvre papa, qui est à Anvers avec les Allemands, peut manger à sa faim?
—Et les prisonniers qui sont chez les Boches, tu crois qu’ils leur donnent de la nourriture suffisamment?»
Tout à coup, il me vint une idée, je me tus pendant que nous goûtions: mais j’attirai Pierre vers moi, après que nous eûmes rangé les restes du repas et repris le chemin du retour.
«Dis-moi, Pierre, réponds-moi sérieusement, comme à une grande fille: tu ne penses pas que les Allemands emmènent papa en Allemagne?
—Pourquoi emmèneraient-ils ton papa en Allemagne?