—Mais tu sais bien que dans les villes comme Louvain ou Aerschot, après les avoir brûlées ils ont envoyé en Allemagne des otages, comme a dit maman—je me souviens très bien de son mot, des civils. Vois-tu s’ils prenaient papa?

—Non, je vais te dire; ils choisissent comme otages des gens célèbres dans une ville, des gens qui ont par exemple une belle situation, des curés, des banquiers, des notaires, des professeurs. Et ton père, à Anvers, n’a pas en réalité de situation officielle. Il n’est pas connu dans la ville. Tu comprends bien ce que je veux te dire. Il peut s’être fait une notoriété par les services qu’il vient de rendre à Anvers, mais il n’est pas ce qu’on appelle connu.

—Oui, il s’est sûrement fait connaître à Anvers, et les Allemands, dans leur férocité, l’ont peut-être pris.

—Non, non, sois sûre que s’il est avec le bourgmestre il sera préservé.

—Justement parce qu’il est avec le bourgmestre il est en relations avec les Allemands, et si les Boches disent quelque chose contre la Belgique, papa ne le supportera pas.

—Oh! ton papa sera prudent, non pas pour lui sûrement, mais pour toute la ville qu’il aide à protéger. Mais, Noémie, ne disons rien de tout cela à la maison, et je parlerai à l’ambulance avec des officiers pour me renseigner complètement.

—Et tu me diras tout?

—Oui, je te promets, je te dirai tout.»

Alors, Pierre et moi, nous nous sommes serré la main.

La petite Odette, Barbe et nos nouvelles amies, Marie et Louise, étaient déjà très en avant de nous.