«Franchir une frontière, s’évader, ne plus être prisonniers et pouvoir encore se battre! Ah! que nous respirions. En Hollande, aucune difficulté. Moi, vieillard cassé, j’accompagnais ma fille: on nous dirigea vers Hulsen comme les autres réfugiés et on nous embarqua à Neuzen pour Queensbury en Angleterre.

«Comme nous étions sur des bateaux hollandais, mon camarade et moi, nous nous taisions, mais lorsque nous avons mis le pied sur le sol de la libre Angleterre, quel cri de délivrance, quel «Vivent la Belgique et l’Angleterre» nous avons poussé! Les gens qui nous entouraient nous embrassaient et nous félicitaient. Quant aux policemen, ils ne comprenaient rien à notre joie, et l’un d’eux nous dit en nous regardant sévèrement:

«Venez, vous, par ici; moi ne comprends pas la chose, l’affaire est pleine d’obscurité.»

«Je vous assure que je me chargeai vite de lui éclaircir l’intelligence, et le lendemain nous partions pour la Belgique, pour Furnes où est le roi Albert.

«Louis Gersen.»

Pierre était ravi d’entendre le récit de ces aventures; moi de même. Si papa pouvait revenir, lui aussi!

8 novembre.

Nous finissions de nous habiller, mes petites amies et moi, dans notre grande chambre, quand tout à coup Mme Moreau est entrée et m’a dit:

«Vite, vite, allez chez votre maman, elle a quelque chose à vous dire.»

J’étais prête, aussi j’ai bondi, suivie par Barbe qui mettait ses bas et qui marchait avec un pied nu en poussant des cris.