MAMAN NOUS APPREND A TRICOTER.
«Mais comment a-t-il pu nous écrire? Pourquoi cette lettre n’est-elle pas plus longue?»
Maman souriait en regardant le papier.
«Mes enfants, comprenez: votre père a donné sa lettre à quelqu’un qui allait en Hollande, soit à un réfugié, soit à un étranger, et il ne pouvait rien y mettre qui pût causer des ennuis à son porteur si cette lettre avait été trouvée. Et une fois en Hollande, il fallait encore que quelqu’un l’expédiât en Angleterre ou au Havre. Je me demande même comment elle a pu nous arriver. En tous cas, c’est la légation de Belgique de Paris qui me l’a fait parvenir ici.
—Regarde, maman, dit Madeleine: son écriture est très ferme, très nette, tout à fait comme autrefois. Tu ne trouves pas, Tantine?
—Si, si, mon enfant, ton père écrit toujours de la même façon; mais on sent que dans la dernière phrase, celle où il nous embrasse, il a mis tout son cœur et qu’il est ému.
—Oui, c’est vrai, pauvre papa! Il faut vite écrire à Désiré que nous avons une lettre de papa.
—Moi, je vais la copier dans mon Journal.»
Maman ne cessait de regarder ce cher papier, Tantine aussi.
Un petit coup frappé à la porte nous fit toutes redresser.