«Pardine, si je l’ai vu! Il avait un beau képi, un beau sabre et un revolver.
—Ton papa est officier, s’il a un sabre.
—Oui, il est lieutenant de la réserve.
—Lieutenant de réserve, petite ignorante, et non de la réserve.
—Té! c’est la même chose.
—C’est la même chose dans un sens, et pas dans l’autre.
—Je ne comprends pas ce que tu veux dire.»
J’étais sûre qu’ils allaient se quereller, quand Madeleine est entrée en disant qu’un Belge venait d’arriver à l’ambulance; il avait une jambe coupée et, chose bien affreuse, il n’avait pas de nouvelles de sa femme et de son petit enfant depuis le 1er septembre.
Maman voulut tout de suite aller à l’ambulance pour parler à ce soldat belge.
Pierre, qui l’avait accompagnée, revint au bout d’un instant pour nous apprendre que ce Belge avait été dans le même régiment que Jean Boonen au début de la guerre, qu’il avait vu l’obus qui avait emporté son bras et qu’il savait que Jean Boonen était en Hollande avec son père. Quant à la femme de ce Belge, il croyait qu’elle était à Bruxelles ou peut-être réfugiée en Angleterre, mais ce n’était que de vagues informations. Il avait assisté à Anvers au départ du roi et de l’armée, et c’est pendant cette retraite où l’on s’était battu héroïquement qu’il avait perdu sa jambe.